Kim Waldron

No Hero – 2022 à ...

Le projet No Hero est une série de photographies illustrant ce qui doit être fait, en différents endroits dans le monde, afin d’affronter et résoudre la crise climatique que nous vivons présentement. Qu’il s’agisse de littérature ou de cinéma, la plupart des récits que nous créons font communément appel à la figure du héros comme mécanisme pour raconter une histoire. Ces récits comportent souvent une seule et unique personne combattant les méchants ou l’adversité, et faisant l’impossible pour sauver le monde entier. Pour résoudre la crise climatique, il faudra au contraire rassembler les efforts collectifs d’innombrables personnes issues de différents segments de la société à travers le monde. Cela signifie d’accorder de l’importance à la fois aux petites actions individuelles et aux grandes initiatives collectives. Il n’y aura pas de héro capable d’accomplir seul cette tâche.

Dans ma pratique artistique des vingt dernières années, j’ai eu recours à l’autoportrait dans divers contextes sociaux. Pour le projet No Hero, je prends part pour une courte période à des initiatives qui offrent des solutions pour renverser les changements climatiques, puis je me photographie dans ces milieux d’activité. Rassemblées ensuite, ses images cherchent à créer un récit qui met en relief à quel point notre fixation sur le héros est impossible ou improbable : une personne seule ne peut produire le changement nécessaire. Le titre No Hero souligne également une approche féministe. Le changement social positif résulte la plupart du temps d’un lien profond avec les gens autour de soi plutôt que d’un rapport condescendant; il provient d’un travail de concertation plutôt que d’une approche individualiste. Parmi les qualités qui importent, plusieurs sont considérées comme étant « féminines » : l’écoute, le respect, la patience, la négociation, la planification stratégique, l’art de raconter. Mais nous aimons nos héros solitaires et exceptionnels, ainsi que le spectacle de la violence et de la force musculaire, et, dans notre tentative pour les obtenir, nous nous faisons une fausse idée de la manière dont les changements se produisent, du rôle que nous pourrions jouer ou de l’importance des gens ordinaires pour la transformation sociale.

En me présentant ainsi comme une humble et coopérative héroïne campée dans des scénarios multiples et différents liés à l’action climatique, je souligne l’impossibilité qu’une seule personne puisse mener toutes ces actions. En me montrant en pleine activité, mes photographies rendent très tangible ce qu’il faut faire pour réduire les émissions de carbone à Tokyo, en Australie et au Québec. Elles renforcent l’idée qu’il est possible de travailler ensemble et présentent différentes manières d’y arriver. Ce sont les environnements et les gens illustrés dans mes photographies qui rendent plus lisible et abordable l’action en faveur du climat, laquelle est souvent trop vaste et difficile à saisir.